Simon le père de Mehdi, s'était donné un objectif en apparence facile à atteindre : aller chercher comme promis son fils Mehdi à l'école après la cantine, à 14 heures. Mais sa voiture tombe en panne, le bus a un retard phénoménal, il y a trois quarts d'heure de queue à la poste, une cliente du cordonnier a emporté par mégarde ses chaussures, laissant à la
ParMonsieurPaul Publié le 4 mars 2022. SYROS Aller chercher Mehdi à 14 heures Armand chez les Passimpas Armand dur à cuire ! Armand et le commissaire Magret Aubagne la galère Avec de l’ail et du beurre Chacun voit Mehdi à sa porte Cœur de pierre Crime caramels J’ai tué mon prof !
Allerchercher Mehdi à 14 heures. UGS : -0 Catégorie : Premières lectures Auteur/illustrateur : Oppel Jean-Hugues. 3,00 € 1 en stock. Ajouter au panier. Informations
Allerchercher Mehdi à 14h - - Jean-Hugues Oppel -
Il y a des jours comme ça où tout va de travers ! Un polar extrêmement original, rythmé et plein d'humour de Jean
Premièreheure un peu catalogue, puis plus forte. Correct ” — tom_cinema 23 février 2013. Commenter Supprimer J'aime. Ajouter à la liste. Somebody up there likes me (2013) de Bob Byington avec Nick Offerman, Keith Poulson, Jess Weixler. Comédie | 1h16 31%. 10 micro-critiques. Sushi_Overdose (à propos de Somebody up there likes me) Sa
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Il profite en plus d’une autonomie plus que suffisante pour qu’il puisse vous suivre durant une journée entière 12 heures environ. Le seul léger défaut se situe au niveau du clavier et de la souris qui sont des solutions simples, dans la moyenne. Il existe différents types d’ordinateurs portables, adaptés à diverses utilisations. La taille d’écran influe sur la résolution nécessaire mais aussi sur la portabilité et le confort à l’usage. Tout comme le format, l’autonomie joue sur la mobilité de votre ordinateur en conditionnant la durée d’usage en déplacement. Pour faciliter votre travail au quotidien, un clavier confortable à la frappe et résistant est important. Les performances de l’ordinateur sont déterminées par la configuration. Lors de votre choix, il faut veiller à l’équilibre de la configuration et à son adéquation avec vos besoins. La qualité d’affichage influe sur le rendu des images et la fidélité des couleurs. Meilleur pas cher Le Chromebook Spin 513 est pensé pour les personnes cherchant un ordinateur portable convertible adapté aux usages standards. Certes, il ne développe pas la puissance de son grand frère mais dispose d’assez de réserve pour la majorité des tâches. Le processeur Snapdragon autorise par contre une autonomie d’un bon niveau, qui peut encore être augmentée avec des paramètres adaptés 10 à 14 heures. L’ergonomie est le seul point sur lequel on peut formuler des reproches à cause de son clavier un peu trop mollasson. Autre détail important sa dalle tactile accepte les stylets USI. Meilleur haut de gamme En choisissant de baser son nouveau processeur sur la puce A14 Bionic des derniers iPhone, Apple a réussi une bonne opération, lui permettant de catapulter ses portables tout en haut des classements en termes de performances et d’efficacité énergétique. Il en résulte une solution efficace et endurante, enrobée dans un boîtier soigné et soulignée par un écran d’excellente facture. Alternative milieu de gamme Microsoft Surface Laptop 4Cette proposition de Microsoft présente une bonne polyvalence lui permettant de s’aventurer dans de nombreuses tâches. Sa principale différence avec un modèle de gamme inférieure vient de sa qualité globale supérieure. Voir le prix sur Amazon Efficace pour de la bureautique ou encore de l’édition photo, le Microsoft Surface Laptop 4 est un ordinateur portable convaincant. Les performances sont assurées par un AMZ Ryzen 5 4680U spécifique couplé à 8 Go de RAM. Ce dernier dispose d’une puissance de calcul élevée et d’un chipset graphique efficace. L’ergonomie est, elle aussi, d’un excellent niveau grâce à des périphériques soignés et une webcam compatible Windows Hello. L’autonomie est bien entendu au niveau des standards actuels. Il est par contre difficile de l’utiliser en extérieur à cause de la réflectance élevée de la dalle. Il se montre en plus compliqué à démonter et à faire évoluer. Alternative haut de gamme Dell XPS 13Référence de cette gamme côté Windows, ce portable est réputé comme le plus intéressant sur cet OS. La marque l’a doté de tout ce qu’on peut attendre d’un ordinateur de ce prix. Voir le prix sur Amazon La gamme XPS de Dell est sur toutes les lèvres lorsqu’on parle de portable Windows qualitatif. Le modèle 13 pouces que nous avons choisi ici nous semble être la solution la plus pertinente pour les étudiants, grâce à son gabarit réduit n’affectant en rien son efficacité. Il parvient en effet à cocher toutes les cases de l’ordinateur portable idéal grâce à ses matériaux qualitatifs, son écran soigné et sa belle réserve de puissance. Il dispose aussi d’une autonomie d’une dizaine d’heures suffisante pour une journée d’utilisation. Malheureusement, les nombreuses optimisations d’Apple ne lui permettent pas d’obtenir le titre de meilleur ordinateur de sa sélectionMentions honorablesAcer Chromebook Spin 713 CP713-2W-50T5 775,83 € lors de la publication Un Chromebook haut de gamme. Le Spin 713 est un modèle idéal pour qui recherche un ordinateur portable polyvalent et efficace. Entre son ergonomie intéressante, sa connectique étoffée et ses performances, il a tout pour plaire. Il s’équipe en effet d’un Intel Core i5 de 10e génération et de 8 Go de RAM. Il y ajoute, comme cerise sur le gâteau, la certification MIL-STD-810G lui garantissant une résistance aux chutes jusqu’à 1,22 m et aux MacBook Pro 14 2249,00 € lors de la publication Un passage réussi au processeur maison. Avec cette nouvelle version, Apple renouvelle sa référence du haut de gamme en y intégrant son processeur maison en version Pro. Il en résulte un ordinateur performant dont l’efficacité énergétique écarte aisément la concurrence. Le reste des composants est bien sûr digne de la marque, ce qui en fait un champion du rapport qualité/prix. Nous l’avons cependant écarté de la sélection principale à cause de son prix d’entrée très Comparatifs1000+ Tests100% ImpartialPourquoi nous faire confiance ?Selectos compare et teste des centaines de produits pour vous aider à faire de meilleurs achats. Nous recevons parfois une commission quand vous achetez via nos liens, ce qui permet de financer notre travail. En savoir plusLa recherche du compagnon parfait de vos études peut se révéler un réel casse-tête tant les possibilités existent devez-vous optez pour une tablette tactile avec un clavier sans-fil ou pour un ordinateur portable? Les deux possibilités possèdent chacune leurs avantages et inconvénients. Il existe différents types d’ordinateurs portables, adaptés à diverses utilisations Source SelectosDans le cas des ordinateurs, la recette est simple il faut trouver la meilleure combinaison entre les critères d’abord, il faut s’attarder sur le système d’exploitation Windows ils sont sans doute les plus connus dans le milieu estudiantin, car ils sont moins chers qu’un Mac et, étant, du coup, bien plus répandus, ils posent moins souvent de problèmes de compatibilité. Néanmoins, leur batterie est généralement moindre, et ils rencontrent assez vite des problèmes de lenteur si vous ouvrez simultanément plusieurs pages ou programmes. Enfin, ils sont plus sensibles aux virus et à la chauffe à long Os d’un design impeccable, fins et légers, ils sont généralement réputés pour être plus pratiques, plus intuitifs et plus simples d’utilisation que les PC Windows, tout en disposant d’une très bonne autonomie. Mais leur coût élevé les met très souvent hors de portée d’un étudiant. Les chromebooks sont bon marché au vu de leur qualité générale, rapides, efficaces en multitâche Source SelectosChrome OS encore méconnus en Europe, les Chromebooks rencontrent un succès fulgurant aux États-Unis, où ils ont même dépassé les ventes de Mac. Tournant sous le système d’exploitation Chrome OS, gratuit et open-source, ils sont bon marché au vu de leur qualité générale, rapides, efficaces en multitâche, et disposent d’une excellente autonomie. Comme il s’agit d’outils particuliers, nous vous invitons à consulter notre guide dédié pour en savoir une fois que vous avez fait votre choix, il faut veiller à un bon équilibre entre les critères suivants La mobilité une journée de cours peut être mouvementée et il n’est pas rare qu’on soit amené à se déplacer d’un local à l’autre, sans forcément avoir de prise à proximité. Dans ce cas, il est essentiel de disposer d’un ordinateur pratique à glisser dans son sac et dont l’autonomie puisse tenir la journée entière. En ce sens, nous vous conseillons de favoriser les modèles dont l’écran est de taille réduite maximum 15 pouces et dont l’autonomie dépasse les 8 taille d’écran influe sur la résolution nécessaire mais aussi sur la portabilité et le confort à l’usage Source SelectosL’ergonomie pour pouvoir prendre facilement des notes sans risquer une crampe fatidique qui vous ferait manquer une information essentielle, il est important que l’ergonomie de votre ordinateur soit la plus étudiée possible. Ainsi, une attention particulière doit être portée au confort, tant au niveau du clavier que du touchpad. Il est important qu’ils soient suffisamment spacieux et réactifs pour rendre leur utilisation agréable et ne pas vous fatiguer inutilement. Pour faciliter votre travail au quotidien, un clavier confortable à la frappe et résistant est important Source SelectosLa puissance certes, il est rare que des programmes très gourmands soient utilisés en cours mais il est nécessaire de veiller à la fluidité de l’ordinateur pour que vous puissiez réagir instantanément lorsque le besoin s’en fera sentir. De plus, une puissance étendue vous permet d’ouvrir un grand nombre de programmes en parallèle et de naviguer entre eux sans accroche. Les étudiants en graphisme et les amateurs de gaming ont en plus besoin de puissance graphique pour utiliser des logiciels plus gourmands. Si ces derniers éléments sont essentiels pour vous, consultez nos articles dédiés aux graphistes et faut veiller à l’équilibre de la configuration et à son adéquation avec vos besoins Source SelectosL’écran un affichage de qualité vous permet de ne pas fatiguer votre vue lors de longues périodes d’utilisation, comme par exemple lors de la rédaction d’un rapport. En ce sens, il est essentiel de viser une luminosité élevée et une réflectance minime pour que vous puissiez aussi profiter du soleil cet été. Un autre élément important est la taille de la dalle plus vous choisissez une grande dalle, plus le confort visuel augmente mais moins votre ordinateur est pratique à transporter.
Introduction 1Le 16 mars 2020, un confinement national est décrété en France pour lutter contre la propagation de l’épidémie de Covid-19. En avril 2020, on recense environ 4 milliards d’êtres humains en situation de confinement dans le monde. La nature soudaine, l’ampleur, et la durée incertaine de ce premier grand confinement » en font un fait social inédit, qui interpelle les sciences sociales Mariot, Mercklé, Perdoncin, 2021. 2Le confinement est une mesure spatiale restriction des mobilités, sociale limitation des contacts, mais aussi, ce qui nous intéresse plus spécifiquement ici, temporelle. Si l’incertitude est probablement ce qui lie le plus les destins et les perceptions individuelles du temps pendant la crise du Covid-19, et en particulier pendant ce premier confinement, les temporalités confinées ne s’y limitent pas. Les sociétés contemporaines font déjà l’objet de qualifications temporelles schématiques. Le rapport au temps devient une préoccupation sociale et scientifique majeure, souvent formulée sous le registre de l’urgence » Aubert, [2003] 2009 ; Bouton, 2013, de l’accélération » Rosa, 2010, ou du présentisme » Hartog, 2003 2020. Pour ne pas réduire le temps à l’une de ses modalités, et ne pas voir le confinement uniquement comme une parenthèse rompant avec ces registres, un seul recours l’enquête, qui permet l’identification empirique des temps vécus. 1 Coconel Coronavirus et confinement enquête longitudinale », ... 2 La vie en confinement, ?fbclid =IwAR1I2IqqOoYAFFu-S4T-P ... 3 Sciences-Po, OSC et CDSP, 4 Ined, 3À partir d’une enquête qualitative, cet article propose d’interroger les rapports au temps pendant le premier grand confinement français. Nous proposons une sociologie de l’expérience temporelle, non au sein d’institutions particulières et en temps ordinaire Cunha, 1997 ; Henriksen, Refsgaard, 2021, mais à domicile, et pour des raisons sanitaires. Cette étude est ainsi complémentaire des enquêtes plus générales, souvent quantitatives, initiées pour analyser la perception et les effets du confinement Coconel 20201 ; La vie en confinement2 ; Faire face au Covid-19. Distanciation sociale, cohésion et inégalités dans la France de 20203 ; Enquête Covid-194. D’un point de vue analytique, notre approche s’inscrit au croisement d’une sociologie de l’expérience temporelle » des acteurs sociaux Lauer, 1981 ; Fine, 1990 ; Flaherty, 1991, 2003, 2011, d’une sociologie consacrée aux formes d’ imprévisibilités », évènements » et bifurcations » Bidart, 2006 ; Grossetti, 2006 ; Bessin, Bidart, Grossetti, 2010, et d’une philosophie consacrée aux brèches temporelles » Arendt, [1961] 2000 et à l’accélération » du monde contemporain Rosa, 2010. Présentation de l’enquête L’enquête sur laquelle s’appuie cet article a été réalisée en France au cours des mois de mars, avril et mai 2020. Coordonnée par un enseignant, elle a été menée par un groupe de 10 étudiantes et étudiants de master 2 de sociologie à Sorbonne Université auprès de 57 personnes voir annexe I de milieux socio-économiques, d’âges et de sexes différents, et dont les conditions de confinement varient localisation géographique, taille du logement, confinement seul ou en famille, en télétravail ou au chômage technique, etc.. Chaque participant devait remplir un carnet journalier, inspiré de l’enquête Emploi du temps de l’Insee, renseignant heure par heure entre 8 heures et minuit ses activités durant deux jours. Ce carnet était accompagné d’un court questionnaire permettant de récolter quelques données sociodémographiques et des informations sur les conditions de confinement. Un entretien semi-directif était ensuite mené par téléphone, avec les carnets journaliers préalablement remplis comme supports. À partir de ce matériau, l’article a été rédigé par l’enseignant coordinateur et trois étudiantes, désormais doctorantes, ayant pris part à l’enquête. 4Comment analyser l’expérience temporelle du confinement autrement que sous l’angle d’une grande décélération ou d’un grand ralentissement général », souvent perçus en termes d’aspirations Bigot, Chateau, Sandra, 2020 plutôt que de rapports effectifs aux temps ? Nous proposons de répondre à cette question à l’aide du concept de brèche temporelle », en montrant comment cette période, ouverte par un évènement collectif singulier et imprévisible, a pu être diversement vécue sous le mode d’une rupture déstabilisante ou d’une parenthèse stimulante, avec une polarisation des rapports aux temps à la fois révélée et amplifiée par la crise. Nous explicitons d’abord le poids des conditions de vie et des inégalités spatio-temporelles sur la façon dont la brèche temporelle, que nous aurons définie au préalable, est vécue I. Nous montrons ensuite comment la brèche du premier confinement a suscité différentes modalités de temps suspendu et de décélérations, plus ou moins bienheureuses Rosa, 2010, 2020 II. Nous identifions par contraste des rapports aux temps vécus sous le mode d’accélérations paradoxales III. Nous exposons enfin comment la brèche temporelle suscite des narrations mêlant situations passées et futures et non strictement enfermées dans le présent IV. 5Le concept de brèche a été originellement proposé par Hannah Arendt, en réaction aux totalitarismes et à la menace nucléaire, pour désigner les moments de crise » du xxe siècle, crise de l’humanité et crise du temps lui-même. Malgré la récurrence de ses usages Le Boulanger, 2003 ; Tassin, 2010 ; Revault d’Allonnes, 2011 ; Hortonéda, 2013 ; Hartog, 2020, il est rarement mobilisé de manière dédiée et articulé à des données empiriques, et jamais à notre connaissance dans une enquête sociologique. Nous procédons ici à un travail d’opérationnalisation en proposant d’en faire un concept de moyenne portée » Merton, 1997 pertinent pour penser la crise Covid et le premier confinement en particulier. 5 Nous employons cette expression à la suite de travaux cherchant à rendre compte de la polyphonie du ... 6Ce transfert d’un concept philosophique vers la sociologie correspond notamment à un changement d’échelle chez Arendt et ses commentateurs, la notion de brèche est utilisée de manière macroscopique et trans-historique. Dans cet article, nous la mobilisons pour penser les vies sociales microscopiques, en résonance avec un évènement macro-social et historique extraordinaire l’irruption d’une pandémie mondiale. Nous définissons la brèche comme une rupture dans le cours ordinaire des vies collectives et individuelles, se caractérisant par un haut niveau d’incertitude, entraînant une forte polarisation des temps vécus et suscitant une production de narrations temporelles. Au cours d’une brèche temporelle, s’exprime de manière particulière la polyphonie sociale du temps »5. Le temps se dit et se vit en plusieurs sens, mais la polyphonie sociale n’implique pas une égalité des positions et des voix. Elle repose plutôt sur un ensemble d’inégalités sociales face au temps déjà bien documentées par la sociologie, notamment pour ce qui est du rapport à l’avenir Bourdieu, 1963 ; Roux, 2009 ; Masy, 2013, que la situation de confinement révèle et accentue. Brèche, ou comment sociologiser une notion philosophique ? 7Chez Arendt, la brèche est un temps privé de tradition, où domine l’incertitude, et où coexistent le désarroi face aux schémas anciens et la possibilité de commencer quelque chose de nouveau. C’est un moment de crise, qui révèle et renforce certaines fragilités, avant d’ouvrir vers des basculements », des mondes possibles, émergents et désirables » Baschet, 2021. Cette incertitude et ce désarroi apparaissent bien dans notre enquête, mais assez peu la question des basculements effectifs, le premier confinement se situant en amont de ces réflexions. 8La crise Covid », dont il était difficile de prévoir le moment, la forme et le déroulement précis, et dont les effets de long terme sont eux-mêmes peu prévisibles, est à ce titre une crise au sens sociologique du terme, telle que conceptualisée par Michel Grossetti 2006 dans sa typologie des formes de prévisibilité des situations sociales. La crise se définit comme un moment de contagion entre sphères de vie, proposition valable pendant la crise Covid, lors de laquelle les sphères privées et publiques, les activités familiales et professionnelles, les conditions sanitaires, psychologiques et sociales, ont été soumises à des dynamiques communes. Pourquoi mobiliser en plus de celle de crise, la notion de brèche temporelle » issue de la philosophie d’Hannah Arendt ? La notion de crise désigne avant tout une forme d’imprévisibilité du moment et des effets et un mécanisme de contagion des effets entre eux. La notion de brèche fait davantage référence à l’idée d’une rupture faisant surgir un présent qui dure, avec suspension des scripts prédéfinis et redéfinition des relations entre ce présent qui dure et les passés et les futurs avec lesquels il est relié. Le présent suscite des questionnements, des émotions et des narrations qui alimentent et font durer cette rupture, en lui donnant une épaisseur sociopsychologique que la notion de crise ne permet pas de restituer. Si la crise ne porte pas en soi de message ni de sens, la brèche laisse surgir du sens, et chez Arendt, cela se manifeste par l’évènement de pensée, qui vient se loger dans cet interstice temporel l’événement de penser, événement situé dans la brèche du temps, paysage ou région de la pensée hors-temps au cœur du temps » Vergauwen, 2000, p. 179. 9Si la sociologie s’est dotée de concepts pour penser les ruptures et les évènements imprévisibles, notamment avec celui de bifurcation » Bidart, 2006 ; Grossetti, 2006 ; Bessin, Bidart, Grossetti, 2010, la notion de brèche nous semble plus adaptée pour penser les résultats de notre enquête pour deux raisons D’abord, la brèche intervient avant la bifurcation possible, et elle est principalement vécue comme une incertitude. Elle est constatée au présent, et ouvre vers un basculement possible. Autrement dit, elle est un moment du présent qui se déroule, et peut éventuellement durer et devenir bifurcation. Ensuite, la brèche est un concept que l’on pourrait qualifier de dramaturgique et émotionnel l’idée d’une fin potentielle, d’une crise forte, d’une béance qui s’ouvre et qui peut annoncer le pire, la distingue de l’idée plus neutre émotionnellement de la bifurcation. Cette dimension émotionnelle apparaît bien dans notre enquête et permet de mieux rendre compte de l’inquiétude collective constatée. 10Pour être opérationnalisée, la notion de brèche doit aussi être précisée sur un point la nature non homogène des modalités de temps vécu. Chez Arendt, la brèche est de nature collective, et adoptée dans une perspective universaliste, elle ne dit rien des inégalités de vie et de perceptions. Or la brèche est une brisure, qui ouvre le temps », en incitant à l’imagination des possibles, tout en la rendant particulièrement pesante pour certaines et certains. Les personnes interviewées ont toutes le sentiment de vivre un évènement collectif fort et singulier, une pandémie qui interroge leur commune humanité, mais elles ont aussi une conscience nette de ne pas les vivre de manière uniforme. Le premier grand confinement constitue un laboratoire d’observation des inégalités et de leurs perceptions. L’incertitude qui caractérise la situation et la charge temporelle de l’articulation des temps de vie déstabilisent inégalement les individus selon leur situation professionnelle et familiale. La sociologie peut ainsi montrer que la brèche, tout en étant rupture et incertitude, peut être un facteur de polarisation sociale à l’échelle des groupes sociaux. 6 Utilisée en psychologie sociale, la notion de polarisation désigne l’expression d’opinions extrêmes ... 11Dans ses différents usages6, la polarisation est un processus d’augmentation des écarts entre individus et/ou groupes. Dans notre cas, la polarisation est un éloignement entre les différentes façons de vivre le temps, le premier confinement ayant pu susciter des attitudes temporelles très différentes chez les personnes interrogées. Nous retrouvons et précisons ici les résultats programmatiques identifiés par les premières grandes enquêtes quantitatives consacrées aux rapports aux temps pendant le confinement, qui avaient pu étayer l’idée d’une augmentation des inégalités dans les rapports aux temps pendant cette période Paye, 2021. La situation est marquée par une polarisation fondamentale des rapports aux temps selon la nature de l’espace occupé et les conditions de vie. Notons que d’autres enquêtes ont pu relever le poids des inégalités de genre dans les expériences de confinement Charlap, Grossetti, 2021, la répartition des tâches domestiques et parentales, et la pression temporelle exercée sur les femmes et les hommes, mais rien de vraiment significatif en la matière n’est ressorti de notre matériau. L’espace, facteur de polarisation temporelle 12De façon peu surprenante mais significative, les vécus du confinement dépendent des conditions de logement Grossetti, Launay, 2021. Les perceptions des personnes interrogées varient fortement selon la taille du logement et la présence d’un espace extérieur. Disposer d’un espace plus grand permet un temps ouvert », avec des espaces mieux différenciés selon leurs usages. 13Dans un espace exigu, la différenciation de l’espace comme du temps demande plus d’efforts d’organisation, comme l’exprime Catherine 51 ans, confinée en appartement Tout est fondu dans un espace, parce qu’il n’y a plus de limites entre l’espace privé et l’espace professionnel. » Disposer d’un espace extérieur fait toute la différence, comme en témoigne Jérôme, 50 ans, gardien d’immeuble La cour intérieure, ça me permet de profiter et d’apprécier […] je vois de la vie. » Avoir un jardin, une terrasse ou un balcon, c’est le luxe de pouvoir respirer » Pierre-Louis, 26 ans, professeur de français. 14De surcroît, l’éloignement des grandes métropoles apparaît comme un abri protecteur des effets indésirables du confinement. Le temps y est rythmé par des activités extérieures. Nul besoin de réfléchir sur le temps qui passe ou qui ne passe pas » y’a du terrain pour se balader, tu peux bronzer, tu peux bricoler autour de la maison sans gêner personne », ajoute Manuel 22 ans, chauffeur livreur. D’après Julie 21 ans, étudiante, c’est aussi parce que le mode de vie y est structuré différemment. Chez elle, à la campagne », elle a appris très tôt à explorer sa propre bulle ». Certains lieux, plus en retrait de la vie sociale urbaine, favorisent des sentiments de déconnexion avec le reste du monde tel qu’il est perçu médiatiquement. Être moins exposé au virus peut créer le sentiment d’être en décalage temporel, voire de ne pas être confiné. 15À ce titre, la majeure partie des enquêtés se sent privilégiée » par rapport à d’autres en termes d’espace. La situation générale est jugée inégalitaire, et les situations personnelles estimées meilleures que la situation collective. Les enquêtés formulent souvent ces remarques comparatistes Le confinement n’est pas vécu de la même manière selon l’âge, les revenus, l’habitation, l’endroit géographique… Il y a une diversité de sensations, de vécus du confinement. Jean-Pierre, 78 ans, retraité 16Nous retrouvons ici un résultat fondamental mais encore peu étayé empiriquement en sociologie Demetry, 2013, selon lequel les rapports à l’espace et au temps sont solidaires et ne devraient pas donner lieu à des analyses systématiquement segmentées. La brèche issue du confinement révèle une polarisation temporelle importante en fonction de paramètres spatiaux. Cependant, cela n’épuise pas les modalités d’expérience du temps et les formes de polarisation sociale que cette période a pu susciter, et sur lesquelles nous allons revenir à présent. Brèche et diversité des expériences de décélérations » 7 Ce constat va dans le sens de celui établi par Lise Bourdeau-Lepage qui a diffusé un questionnaire ... 17Le confinement et la crise sanitaire ont pu être perçus comme une rupture dans le cours effréné de nos vies Rosa, 2020. Alors qu’ils n’ont plus de temps à passer dans les transports, que leur charge de travail est moindre, que certaines activités sociales et de loisirs ne peuvent plus avoir lieu, certains enquêtés voient le rythme de leur vie ralentir7. De plus, le confinement met à distance les institutions qui imposent des horaires et des cadences l’école, l’université, l’entreprise, l’usine, etc. Les contraintes temporelles qui pèsent sur les individus se relâchent. Arrêtons-nous ici sur celles et ceux pour qui le confinement a mis un terme à la course après le temps ». Enfin du temps une oasis » temporelle 18La brèche temporelle introduite par le confinement est appréciée par certains. Le confinement leur offre une pause », une bulle de repos » Fanny, 26 ans, assistante de galerie. Avec l’arrêt de la course après le temps », ce sont les sentiments de stress et d’urgence qui disparaissent, comme l’exprime Madeleine La sensation que j’ai, en général, c’est d’être toujours en train de courir après le temps. Je me sens toujours en retard, j’ai toujours l’impression de ne pas avoir fait ce qu’il faut. … Eh ben, ce stress, il est ôté, tout d’un coup. 61 ans, comédienne et metteuse en scène 19Les manifestations physiques d’un rythme de vie soutenu s’estompent elles aussi. Par exemple, le confinement est l’occasion pour Lily, alors au chômage partiel, de se remettre de la fatigue physique liée à son activité professionnelle intense. Elle travaille quarante-deux heures par semaine comme vendeuse et serveuse dans une boulangerie et passe deux heures par jour dans les transports. Comme pour certains travailleurs saisonniers, pour qui le temps de chômage s’apparente à un temps de cure » Baghioni, 2019, le confinement est pour elle un moyen de s’extraire du rythme effréné de sa vie quotidienne. Je prends le temps de prendre un petit bain. Je me fais des soins aux cheveux, des soins au visage, je me mets de la crème hydratante sur le corps alors que d’habitude, je le fais tous les… 600 ans. Lily 20Comme elle, de nombreux enquêtés profitent d’ailleurs de ce temps pour prendre soin » d’eux sport, soins du corps. Beaucoup trouvent le temps de faire des activités considérées comme importantes qui passaient auparavant après des activités considérées comme plus futiles mais rendues prioritaires par les échéances auxquelles elles étaient attachées la thèse plutôt que les cours à donner Christian, l’écriture et le montage plutôt que la recherche de salles Madeleine, la réorientation plutôt que le travail Lily, Marion, la recherche d’informations Lily, Jade, la lecture Catherine, Nathalie, la cuisine Clara, Élisa, Lily, etc. Cette tendance est partagée par toutes les catégories sociales. L’enquête de l’Insee confirme qu’avec le confinement, la part des personnes s’adonnant à des pratiques amateures activités artistiques, scientifiques et techniques a sensiblement augmenté et les écarts sociaux dans ce domaine se sont réduits Barhoumi, Jonchery, Lombardo et al., 2020. 21Il y a aussi, la satisfaction de faire bien » plutôt que faire vite » Je me suis dit Comme ça, je vais avoir enfin le temps pour pouvoir faire les choses correctement et approfondies. » Violaine 22Plusieurs enquêtés disent gagner en attention », que celle-ci soit dirigée vers des tâches qui comptent pour eux, ou vers leur entourage. Nombreux soulignent ainsi la façon dont le confinement a remis en question une conception utilitariste du temps, prégnante jusqu’alors dans leur vie Citton, 2014. 23Enfin, certains se réjouissent de pouvoir aller à leur propre rythme Psychologiquement, je me dis que j’ai le temps. … Je fais les choses bien plus au ralenti. C’est moins la course, et c’est vraiment à mon rythme Jade, 24 ans, étudiante. 24Cyril, ouvrier divorcé, confiné avec ses deux filles, explique quant à lui, qu’à la différence de sa vie hors confinement, il n’est pas pressé par la montre ». Comme il n’y a pas école le lendemain, peu importe s’il fait manger ou s’il couche les filles » un peu plus tard que d’habitude. Il n’a pas la montre derrière lui » comme à l’usine où il [a] le chef qui [le] bouge ». Alors qu’à l’usine, ce n’est pas lui qui fixe le tempo », le confinement lui permet de créer une niche temporelle », c’est-à-dire d’accomplir ses tâches domestiques et son travail à une vitesse qui lui convient mieux Fine, 1990. Ces enquêtés font l’expérience d’un rapport au temps moins problématique. Pour eux, le confinement crée bien une oasis de décélération » Rosa, 2010. Trop » de temps ? Stratégies temporelles face au risque de temps vide 25 Sentir le temps passer » n’est pas toujours synonyme de bien-être. Pour d’autres enquêtés, sans rythme partagé ou imposé, sans cadres temporels Durkheim, [1912] 2013, Elias, [1986] 1996, le temps est un désert », pour reprendre une autre notion issue de la philosophie d’Arendt une situation où les expériences de monde commun et de liberté individuelle sont empêchées, niées ou suspendues. 26C’est le cas pour Paulette, dont les activités de loisirs qui composent habituellement sa semaine de retraitée ont été suspendues Le temps se dilue, on a tellement de temps que ce n’est même plus du temps. On est dans un autre espace, on flotte dans le vide. 27Les journées en viennent parfois à se ressembler, à tel point que certains de nos enquêtés ne distinguent plus les jours de la semaine de ceux du week-end. Les fonctions sociales traditionnelles du temps, celles d’orientation, de coordination et de régulation Elias, [1986] 1996 perdent de leur pertinence et de leur emprise. 28Un tel état de flottement étant redouté, des stratégies temporelles Flaherty, 2003 sont mises en œuvre pour organiser les journées Je pense que ça me fait peur de laisser le temps passer et d’être confinée sans qu’il soit structuré. … C’est pour ça que j’ai vraiment ce besoin de faire des choses, d’avancer, de structurer. Anne, 61 ans, retraitée 29Durant le confinement, les activités professionnelles ou de loisirs ne peuvent plus servir à signaler de manière routinière le moment où commenc[ent] et où se termin[ent] [la journée] et le travail » Rosa, 2010, p. 158. Les individus organisent alors leurs journées autour d’une même routine J’ai assez rapidement mis en place une routine comme dans la vie hors confinement. Les journées se ressemblent le matin je fais du sport, de la lecture et de l’ordinateur, l’après-midi est consacrée au travail pour les élèves et se termine par une séance de sport avec mon frère. Le soir, je dîne, puis c’est un moment de détente. Pierre-Louis, 26 ans, professeur de français 30Certains outils temporels sont utilisés pour structurer le temps, comme des calendriers, des réveils, des plannings ou des listes de tâches. La fonction auto-disciplinante Elias, [1986] 1996 de ces outils transparaît dans les propos de Camille elle utilise une to-do list pour avancer dans les travaux qu’elle a entrepris pendant le confinement afin de ne pas avoir à les faire cet été, et ainsi mettre à contribution ce temps ». 31Un autre danger » guette ceux qui sentent le temps passer » l’ennui. Les enquêtés trouvent le temps d’autant plus long qu’ils ne peuvent faire ce qu’ils veulent de ce supplément de temps libre apporté par le confinement sortir, voyager, aller voir des proches ou des amis. Pour contrecarrer l’ennui, ils cherchent alors à s’occuper comme [ils] peu[vent] », par des moyens de communication à distance, des consommations audiovisuelles ou des activités manuelles. Pour Arthur, lycéen de 18 ans, qui trouve le temps long sans la compagnie de ses amis de l’internat, Netflix et les appels en visio apparaissent comme des remèdes » pour passer le temps ». Les séries et le téléphone servent à chasser les idées noires qui assaillent Lily au réveil. 32L’affaiblissement des cadres temporels affecte différemment les individus selon leurs caractéristiques sociales, leur situation familiale et leurs conditions de confinement. Par exemple, l’arrêt du travail, associé à une déstructuration du temps, a touché différemment les individus selon leur catégorie socioprofessionnelle. Cela rejoint les résultats de l’enquête Coconel 2020, selon laquelle 53 % des employés et 49 % des ouvriers ont vu leur activité professionnelle s’arrêter contre 28 % des Français en moyenne. Or ceux qui, dans l’enquête, se retrouvent sans travail, comme ceux qui se retrouvent sans famille, ainsi que les plus jeunes et les plus âgés, privés des activités sociales qui les occupaient avant le confinement, sont les plus enclins à trouver le temps étendu et comme suspendu. À l’inverse, ceux qui conservent leur travail pendant le confinement vivent mieux le temps et s’estiment, à ce titre, privilégiés. Un temps suspendu 33Pour certains, le temps semble non seulement ralentir mais aussi s’arrêter. Les personnes âgées comme Paulette ou Liliane y sont d’autant plus sensibles que leur temps est perçu comme compté Le temps s’arrête et moi j’ai l’impression d’être dans une espèce d’antichambre, l’antichambre de la fin. Paulette, 76 ans Personnellement, ça m’a rendue plus sensible au fait que je vais avoir 80 ans et que je rentre dans une période qui peut s’appeler fin de vie. Liliane, 78 ans 34Les personnes seules font, elles aussi, fréquemment part de cette impression d’un temps arrêté. Certains jeunes qui cumulent solitude et conditions matérielles d’existence et de logement précaires Lambert, Cayouette-Remblière, Méda, 2021 vivent ainsi un double enfermement – spatial et temporel. Mamad 27 ans, étudiant, seul dans son studio se sent coincé » et redoute de finir par discuter avec les murs ». Lucie 21 ans, responsable de secteur médico-social, privée de tout contact physique, et qui ne trouve plus la force d’entretenir des relations numériques » avec les autres, ne voit plus l’horizon ». 35Parce que la vie pendant le confinement est un temps sans les autres, le temps paraît suspendu » Paulette. Marion, étudiante de 22 ans, qui vient de rencontrer une fille », regrette par exemple de ne pouvoir poursuivre l’histoire d’amour entamée avec elle avant le confinement. Cyril, qui aimerait refonder une vie de couple après son divorce, attend la fin du confinement pour aller chercher de la gonzelle ». Certains font part de leur sentiment d’être dans l’attente J’ai l’impression d’attendre mais je sais pas quoi » Raphaël, 26 ans, artiste. Le vécu du temps en confinement présente ainsi des similitudes avec le vécu du temps des prisonniers et de leurs familles Cunha, 1997 ; Touraut, 2012. Brèche et accélérations paradoxales 36Le confinement vécu sous la forme d’une décélération ne concerne pas tous les enquêtés. Pour beaucoup, l’intensification du travail et l’organisation de la vie de famille accélèrent le tempo. Les modifications du travail induites par le confinement s’accompagnent parfois d’une augmentation de la charge de travail. La présence de jeunes enfants, dont il faut s’occuper et qu’il faut occuper, diminue le temps libre. Des paramètres prennent ainsi plus de poids en confinement qu’en temps normal, comme ceux de la dimension spatiale et de la configuration familiale. L’articulation travail/famille implique une gestion difficile du temps. Elle se traduit par un sentiment de manquer de temps et pose des questions d’organisation, de délimitation des frontières entre temps public et temps privé, de gestion de la disponibilité et de l’accessibilité personnelles Zerubavel, 1979. Surcroît de travail et course contre la montre » 37Les modifications du travail induites par le confinement ont pu se traduire par une surcharge temporelle » Fine, 1990. Manuel, chauffeur livreur, qui travaille davantage pendant le confinement, vit une forme d’accélération temporelle Mes journées passent vite car je me lève hyper tôt et du moment que t’as la nuit tu vois pas le temps passer. […] Dernièrement, j’ai bossé un peu plus du fait du confinement. 38Pour ceux qui sont restés confinés, le passage au télétravail s’accompagne parfois d’un surcroît de travail. L’impression qui domine est alors celle de vivre une course contre la montre » Nathalie qui contraste avec le sentiment de décélération éprouvé par d’autres. C’est le cas chez les enseignants que nous avons interrogés, qui ont dû s’assurer que les élèves avaient le matériel nécessaire pour travailler à distance et revoir leur mode de préparation des cours. Pour Nathalie, professeure d’espagnol et professeure principale au collège, c’était non-stop » Ça a été vraiment, on va dire les quinze premiers jours, hyper stressant, en fait. Moi, j’ai l’impression de pas avoir un moment, d’être toujours dans vite, vite, il faut que je fasse ça ! » 8 La pression temporelle peut être définie comme un ressenti qui résulte d’un rapport défavorable ent ... 39Cette situation est très éloignée de l’image de l’oasis de décélération temporelle le temps retrouvé, non » Nathalie. La pression temporelle8 s’est aussi accrue pour certains étudiants comme Élisa, qui s’est très vite sentie débordée » ou Nicolas Je pensais que le confinement aurait représenté une occasion pour faire des choses que je n’ai jamais l’occasion de faire, ou de les faire en tranquillité, mais malheureusement, avec tout ce travail et les cours à distance, ce n’est pas le cas. 40Les conditions dans lesquelles se déroule l’entretien avec Élisa illustrent d’ailleurs son sentiment de manquer de temps J’ai prévu de faire la cuisine en même temps, c’est juste pour optimiser mon temps, parce qu’en même temps, je suis en révision. 41Ces personnes peuvent certes fixer plus librement leurs horaires de travail qu’avant le confinement. Mais, avec les nouveaux moyens de communication, les institutions qui rythment nos vies, comme le travail ou l’école, continuent de contraindre l’usage de leur temps. Le travail à distance rend également plus fréquente la polyactivité simultanée. 42Les temps de travail, de loisirs et de repos ne sont plus séparés comme ils pouvaient l’être auparavant par des changements de lieux. Le travail prend toute la place et colonise les autres temps sociaux. D’autant plus que certaines échappatoires au travail ne sont plus possibles et que les activités de loisirs collectives, qui se tenaient à horaires fixes dans la semaine, ne peuvent plus avoir lieu. Sans les déplacements qui lui permettaient de couper avec le travail, Nathalie a du mal à se déconnecter du collège » et y pense en permanence ». 43Ceux qui télétravaillent et ne voient pas le temps passer » Pierre, créent des distinctions entre temps de travail, temps de loisirs et temps en famille. Nathalie, qui n’arrive pas à trouver du temps pour [elle] » finit par s’imposer des moments qui [lui font] plaisir » un film avec ses enfants le soir pour ne pas être dans le travail, pour se vider la tête » ou la lecture le matin, avant leur réveil. Ainsi, lorsque les individus se trouvent dans un rapport au temps qui ne leur plaît pas, ils trouvent des stratégies pour en sortir Flaherty, 2003 ; De Coninck, Guillot, 2007, soit en ralentissant les temps perçus comme bienfaisants pour avoir la sensation de les faire durer, soit en augmentant la fréquence des activités au sein d’un même intervalle de temps, soit en allouant du temps, de manière dédiée et réglée, à un rituel journalier. Paul nous explique ainsi qu’il essaye de compartimenter » au mieux ses activités pour gérer » le temps. Son carnet emploi du temps Encadré 2 indique des activités qu’il classe en catégories distinctes Réveil », Travail », Loisirs », Quotidien », Repas », Repos », Sport », Prise de nouvelles »… La catégorisation temporelle des activités fait partie des stratégies déployées pour y voir clair, diminuer l’incertitude et dessiner des frontières entre activités. Extrait du carnet journalier de Paul, jour 2, activités de 8 heures à 16 heures Horaires Activités principales Faites-vous autre chose en même temps lecture, conversation, radio, TV... ? Réalisez-vous cette activité avec une ou plusieurs autres personnes ? indiquez la ou les personnes 8h-9h 9h-10h Réveil Je me réveille je me prélasse, je m’étire. Je réponds aux messages reçus dans la nuit. Seul 10h-11h Quotidien Je petit-déjeune, puis je me rase, je prends ma douche. Je prends mon temps. J’écoute de la musique Seul 11h-12h Loisirs Je prends des nouvelles. J’appelle les personnes âgées de mon entourage. Je parle peu du virus, tente de leur changer les idées. Je bois un café Ma tante et ma grande tante - par tél 12h-13h Loisirs + nouvelles Mon père me demande de l’aide pour son boulot et me missionne de chercher des infos sur le site du ministère de la Culture. Ulysse* m’appelle, il a une idée de projet pour un événement que j’organise. Mon père, un ami - par tél 13h-14h Travail On planche avec Jean sur mon prochain clip, on avance bien. Je bois un café Un ami - par tél 14h-15h Travail J’échange avec Romain au sujet de mon projet. Je prépare à déjeuner, ma sœur vient de se réveiller. Un ami - par tél 15h-16h Déjeuner On finit de manger à 15h45, vaisselle. Mon père, ma sœur * Tout prénom a été modifié afin de garantir la confidentialité des données. Coprésence et manque de temps 44Lorsqu’ils sont confinés à plusieurs, et en particulier avec de jeunes enfants, les enquêtés disposent de moins de temps libre. Avec les enfants, on s’arrête pas. Non au contraire c’est plus rapide » Jean, 50 ans, gardien d’immeuble, confiné avec ses trois enfants. Plusieurs raisons permettent de l’expliquer. En faisant le choix de la continuité pédagogique, c’est-à-dire d’une école qui ne s’arrête pas », le Gouvernement a fait des parents des auxiliaires de l’école Payet, 2020. Cyril, qui télétravaille à 50 % pendant le confinement, doit, pendant ses moments de liberté, s’occuper du travail scolaire de ses deux filles, avec qui il est confiné une semaine sur deux. Il aide la plus petite, encore à l’école, et surveille de loin » la plus grande qui est au collège. Avec les enfants à la maison, le temps consacré aux tâches domestiques ménage, courses, etc. augmente également. Comme c’est le cas pour beaucoup de femmes Boring, Sénac, Dominguez et al., 2020, Cyril et Jean, puisqu’ils sont confinés seuls avec leurs enfants, doivent assurer en même temps l’éducation des enfants et les tâches domestiques, ce qui a pu peser sur leur temps de travail et leur temps personnel. 45Le confinement à plusieurs débouche sur des stratégies visant à préserver des moments en solitaire. Pour pouvoir travailler sans être dérangé par ses filles, Cyril les autorise par exemple à se coucher tard le soir. Elles se lèvent alors plus tard le lendemain et il peut se consacrer au travail de 9 heures à 13 heures. Mehdi 30 ans, footballeur professionnel confiné dans une maison avec cinq membres de sa famille, fait ses exercices de renforcement musculaire dans le jardin. Par leurs stratégies spatiales et temporelles, les acteurs procèdent donc à une séparation concrète entre temps privé et temps public Zerubavel, 1979. 46La possibilité de partager le temps et l’espace, et de limiter ainsi l’accélération temporelle, repose sur des ressources liées à des caractéristiques sociales et économiques. Il est plus simple de réguler son accessibilité sociale » lorsque l’on dispose d’un grand logement et d’un espace à soi dans celui-ci. Or en France, en moyenne, les propriétaires sont mieux lotis que les locataires 36 m2/pers, et les cadres disposent d’une surface pour soi » plus grande que celle des ouvriers et employés ORS Paca, 2020. Les hommes cadres sont par ailleurs 47 % à disposer d’une pièce dédiée pour le télétravail pendant le confinement contre un quart des femmes selon l’enquête Coconel Lambert, Cayouette-Remblière, Guéraut et al., 2020. Temps à rentabiliser » et poids de la socialisation temporelle 47L’injonction à rentabiliser son temps » ou la culpabilité anticipée peuvent devenir motrices de surcharge temporelle. Pour Julien, étudiant en médecine, comme pour Clara, lycéenne, il faut mettre à profit ce temps de voir le temps qui s’arrête autour de moi me donne encore plus envie d’en profiter pour travailler ». 48Ce désir de rentabiliser son temps peut trouver une explication dans les socialisations des individus, primaires et secondaires. Si le confinement est une rupture avec notre quotidien, les comportements ancrés ne changent pas du jour au lendemain. La stabilité de nos rapports au temps tient à des socialisations de long terme qui ne sont pas remaniées à la moindre impulsion. D’autant plus que nos rapports au temps relèvent d’ éthiques temporelles » ils engagent nos rapports aux autres être dans l’instant pour être disponible », être ponctuel pour remplir ses engagements De Coninck, Guillot, 2007. Par exemple, Paul qui avoue avoir un problème avec ça, avec la notion de rentabilisation du temps et de ce qu’on en fait », évoque les habitudes acquises dans sa famille Mon père laisse beaucoup de temps à son travail et ma mère se laisse plus de temps pour d’autres choses, mais leur point commun c’est que c’est deux personnes particulièrement organisées, qui depuis toujours m’ont mis cette pression, et ont tenu à ce que ça fasse partie de mes valeurs. 49Lily explique quant à elle la culpabilité ressentie à ne rien faire » par l’habitude qu’elle a d’être poussée par sa patronne à servir rapidement ses clients, à être sans cesse sur le qui-vive pour que l’argent rentre dans la caisse ». La brèche comme source de narrations temporelles 50Plusieurs enquêtés considèrent que la période du confinement est inédite, tant d’un point de vue collectif que d’un point de vue personnel. La brèche déstabilise, c’est une période particulière », exceptionnelle » ou anormale » qui entraîne un nouvel état d’esprit ». Le temps se vit et se dit, s’interprète en plusieurs sens. Face à cet inédit et l’incertitude qui domine, les enquêtés sont enclins à chercher des repères temporels et à inscrire la période dans une narration plus longue. Schématiquement, cela passe par deux grands types de stratégies d’une part une mobilisation sélective d’éléments passés, vécus personnellement ou ancrés dans une mémoire collective Halbwachs, [1950] 1997 ; Lavabre, 1998, d’autre part une projection dans l’avenir avec des scénarios, des hypothèses et des anticipations. Dans les différents cas, le confinement est une brèche, dont la dimension dramaturgique et émotionnelle précédemment définie s’accompagne de narrations et de productions de sens. Les analogies avec le passé pour comprendre le présent 51En comparant la période de confinement à des évènements passés, les enquêtés tentent de lui donner du sens. Par un ensemble d’activités interprétatives de mémoire, les expériences passées se délient pour penser le présent Flaherty, Fine, 2001. Globalement, cela passe par des analogies qui prennent deux formes, et nous permettent d’en savoir plus sur la manière dont les individus perçoivent et vivent le confinement l’analogie avec une période vécue personnellement et l’analogie avec des moments vécus collectivement. Maladie, rythme scolaire et vacances les analogies personnelles 52Les analogies entre le confinement et une expérience personnelle antérieure sont les plus fréquentes. Un parallèle souvent dressé relie le confinement à des périodes de maladie ou d’hospitalisation. Différents éléments permettent la comparaison pour Paul 25 ans, musicien, hospitalisé en service de soins intensifs une vingtaine de jours l’année passée, c’est l’enfermement imposé ». Pour Camille, 27 ans, hospitalisée après les complications d’un accouchement, c’est le fait d’être coupée du monde. Violaine, 38 ans, psychologue, parle également du très long arrêt de travail » qu’elle a connu deux ans auparavant. Quant à Catherine, 51 ans, c’est le rapport au temps lui-même qui lui rappelle un long arrêt maladie, ce [même] temps pour faire ce qu’elle n’a jamais le temps de faire ». 53Une autre comparaison mobilisée est celle du rythme de vie imposé par les institutions scolaires. Deux de nos enquêtés retraités Jean-Pierre, 78 ans et Liliane, 79 ans se souviennent par exemple de leur jeunesse en internat dans les années cinquante, où régnait une discipline très sévère » le confinement rappelle à Jean-Pierre ce rythme de vie imposé et ce temps [qui] était très long », et à Liliane cette sensation d’être privé[e] de liberté ». Plus encore, quatre de nos enquêtés plus jeunes âgés de 22 à 37 ans comparent le temps du confinement à des périodes de révisions. Tous évoquent cette même contrainte de l’isolement. Ces exemples révèlent un ascétisme propre aux institutions scolaires internat, école ou études supérieures. Tout comme la période de confinement, la scolarité est productrice de dispositions temporelles spécifiques, qui passent par une éthique de l’effort et de l’autocontrainte Darmon, 2013, 2017. Cette idée peut d’ailleurs être mise en lien avec une autre analogie faite par deux enquêtés pour Cyril 45 ans comme pour Jean-Pierre 78 ans, ce contrôle de la vie sociale leur rappelle l’armée. 54Un tout autre type d’analogie personnelle s’oppose aux précédentes celle faite avec des vacances, partagée par plusieurs enquêtés et notamment les plus jeunes 14-26 ans. Cette fois-ci, les enquêtés se réfèrent à un souvenir plus doux marqué par le repos et la tranquillité. Pour Amélie et Arthur élèves dans le secondaire, le début du confinement s’apparente à des vacances, bien que leurs interactions sociales et possibilités de sorties diffèrent grandement de ce qu’ils connaissent en vacances. Pour Jérémy 21 ans, ingénieur en alternance, rentré dans une grande maison familiale avec piscine pour le confinement, c’est le cadre et les activités qu’il peut y faire lorsqu’il termine sa journée de télétravail qui lui rappellent ce moment. D’autres comparent ces journées à des périodes de chômage ou de retraite Jules 25 ans, commercial ; Madeleine, 61 ans, comédienne et metteuse en scène pour le temps dont ils disposent. Quand la mémoire est collective les analogies historiques et fictionnelles 55Si les analogies personnelles sont nombreuses, les personnes interrogées se réfèrent également à la mémoire partagée d’un évènement passé en collectivité - vécu ou non. Le passé, ici reconstruit, est utilisé pour justifier ou comprendre des représentations sociales présentes Halbwachs, [1925] 1994, [1950] 1997. Paul 25 ans, musicien fait par exemple une comparaison entre la crise actuelle et ce qu’il nomme la période attentat » Le seul parallèle que je fais tout le temps, c’est avec la seule crise contemporaine que j’ai eu le sentiment de vivre, c’est toute la période attentat. C’était pas qu’en France parce qu’il y a une période c’était assez incroyable tous les jours il y avait des attentats dans des endroits différents. 56C’est le fait de vivre une crise » globale qui pour lui fait écho au confinement actuel. Paulette quant à elle, 76 ans, tisse plusieurs parallèles entre la période présente et des souvenirs de la Seconde Guerre mondiale racontés par sa famille la difficulté à s’approvisionner ainsi que la surveillance se retrouvent, mais elle note une différence dans l’atmosphère Le danger était palpable durant la guerre, là, il est invisible. » Il ne s’agit pas là d’un souvenir personnel, mais d’un souvenir issu d’une mémoire familiale qu’on lui a transmise. Paulette se souvient de la guerre sans même l’avoir véritablement vécue J’ai des souvenirs des autres », souligne-t-elle. 57Notons que les analogies mobilisées par nos enquêtés ne renvoient pas uniquement à des évènements réels, elles peuvent aussi être fictionnelles. Ainsi, Pierre-Louis, 26 ans, professeur de français en lycée, fait un parallèle entre la pandémie de Covid-19 et La Peste d’Albert Camus lue l’année précédente. Il y voit des problématiques » qui font écho à la pandémie actuelle. 58Aussi variés soient-ils, ces souvenirs individuels et collectifs se rassemblent autour d’une même fonction les enquêtés se racontent, et cette narration leur permet de penser la période présente en construisant de la cohérence. Projections dans le futur anticipations, incertitudes et traces » 59Si le confinement et la pandémie ont transformé le quotidien des enquêtés, cette période a également modifié des projets qu’ils avaient dans le futur, voire leur perception même du futur. Certains se projettent tant à l’échelle individuelle que collective ; d’autres ont la volonté de conserver des traces » de cette période exceptionnelle. Penser l’après entre anticipations et incertitudes 9 Déclaration de M. Emmanuel Macron, président de la République, sur la mobilisation face à l’épidé ... 60Le confinement du printemps 2020 a dans un premier temps été annoncé pour une durée de quinze jours au moins »9, puis prolongé à plusieurs reprises. Cette source d’incertitudes renouvelées n’a pas conduit tous les enquêtés à s’enfermer purement et simplement dans le présent. Face à un futur difficile à envisager, la plupart des enquêtés continuent de prévoir », en émettant des hypothèses et scénarios sur le déconfinement et les conditions dans lesquelles il va se dérouler. 61Pour plusieurs, l’après-confinement n’est pas vu comme une rupture avec le confinement, mais comme un prolongement de celui-ci, marqué par une importance accrue des précautions sanitaires. Anne 61 ans, femme au foyer parle d’ adaptation » un retour à la vie d’avant est impossible. 62L’après-confinement est souvent évoqué avec une certaine inquiétude. L’incertitude règne quant aux conséquences sanitaires, économiques et sociales de la pandémie. Pour Fanny 27 ans, assistante de galerie, le déconfinement constitue une source d’inquiétude sociale J’ai un peu peur de retrouver une vie qu’on appelle “normale” ... ça m’a désadaptée. » D’autres enquêtés évoquent une peur de continuité, voire d’un accroissement des restrictions de libertés individuelles à la suite du confinement et plus généralement de cette crise. Raphaël 25 ans, artiste explique que l’après-confinement ne lui fait pas peur en termes de santé mais en termes de libertés individuelles, de sécurité, de vie privée, de suspicion, d’intrusion et de contrôle ». 63Notons que l’après-confinement est aussi, plus rarement, l’objet d’optimisme. Paul 25 ans, musicien et Madeleine 61 ans, comédienne et metteuse en scène pensent que la crise sanitaire pourrait servir de leçon » et déboucher sur un changement des mentalités, avec un accent porté sur la solidarité et l’écologie. Enfin, d’autres enquêtés se projettent dans l’ après-confinement » de manière plus concrète, en évoquant ce qu’ils feront le moment venu pendaison de crémaillère repoussée, anniversaires reportés, retrouvailles familiales et amicales, etc. Les horizons temporels ne sont donc pas uniformément verrouillés, ils se déploient à différentes échelles, et ce de manière non exclusivement dépendante – dans notre enquête - des moyens d’existence et des positions dans l’espace social. Se saisir de l’évènement garder des traces » 10 C’est par exemple le cas de la société de production mk2 et du magazine TroisCouleurs qui ont lancé ... 64Plusieurs personnes interrogées se saisissent du premier confinement en créant une production autour de cette période particulière. Raphaël 26 ans, artiste, confiné avec des amis également artistes, écrit une sorte de carnet de bord » sur le confinement et réalise avec ses amis des vidéos autour de cette expérience ». Élisa 25 ans, élève fonctionnaire produit une bande dessinée humoristique avec son copain sur des thèmes d’actualités liés au confinement et à la pandémie ; ils partagent régulièrement ces images avec leurs proches. Enfin, Catherine 51 ans, conservatrice aux Archives nationales tient un journal de confinement » qu’elle rédige sur une plateforme en ligne avec ses enfants. Le capital culturel des enquêtés semble jouer un rôle important dans la mise en place de ces productions tous ont suivi des études supérieures à bac + 5 et/ou évoluent dans des milieux universitaires, de la recherche ou de la sphère artistique. Par ailleurs, les invitations à produire sur le thème du confinement ont été nombreuses, plusieurs concours ayant été mis en place par différents organismes10. 65Ces productions semblent remplir trois fonctions une fonction d’occupation, de partage et de conservation. Cette dernière fonction, qui vise à garder des traces », est particulièrement visible chez Catherine, conservatrice aux Archives, qui a développé le goût de l’archive » Farge, 1997 jusque dans la sphère privée J’écris ce qui crée le confinement, j’écris des choses personnelles. Je pense qu’on est un certain nombre à le faire, ça part de la volonté de témoigner sur ce moment incroyable qu’on est en train de vivre. 11 C’est par exemple le cas des archives départementales de Charente-Maritime et de Haute-Savoie Fran ... 12 Collecte participative », avril 2020, Mucem Musée des civilisations et de la Méditerranée, http ... 13 Idem. 66La démarche de Catherine fait écho à des collectes participatives menées par différentes institutions archives départementales11, Mucem12, etc. qui ont débuté pendant le confinement elles invitent les individus à leur envoyer des objets qui symbolisent, incarnent, traduisent [leur] quotidien confiné »13. Ces démarches témoignent de la tendance à tout penser, y compris le futur, à partir du présent Hartog, 2003 l’évènement est encore en cours et, déjà, on prépare les supports qui en témoigneront dans le futur. Notre enquête et l’article qui en est issu en font partie. Ils nous ont aussi permis de structurer notre propre temps, de suivre une dynamique collective, de rester en interaction malgré la distance et de donner du sens à une période difficile à comprendre. Conclusion 67Notre enquête sur le premier grand confinement prolonge et confirme des éléments connus de sociologie des temporalités, tout en identifiant des éléments plus surprenants ou moins documentés, pensés à l’aide de concepts philosophiques rarement utilisés. 68Parmi les faits déjà bien étayés, nous avons pu montrer comment les expériences temporelles, qu’elles soient ordinaires ou extraordinaires, sont liées à des conditions de vie et sont de ce fait plurielles et inégales. La façon dont se vit et se dit le temps en confinement diffère selon le lieu de vie, la qualité de l’espace en volume et en nature et l’emplacement géographique. Loin d’effacer ces inégalités, le confinement a révélé et amplifié quelques-unes d’entre elles, tout en suspendant certains de leurs effets ou en permettant à des personnes de regagner en maîtrise temporelle. Les discours des enquêtés révèlent par ailleurs d’autres types d’inégalités sociales plus nuancées des caractéristiques comme le nombre de personnes avec qui les enquêtés sont confinés seuls ou à plusieurs ou l’âge influencent également le vécu de cette période particulière. En bref, nous ne sommes pas égaux face au temps, et la période de confinement permet, probablement mieux que d’autres, de le démontrer. 69De manière plus originale, nous avons proposé de penser et d’intégrer ces inégalités dans une réflexion plus générale sur la crise comme brèche et polarisation sociale des temps vécus. Le premier confinement peut être considéré comme une brèche par la rupture et l’incertitude générées par cette mesure inédite, mais cette brèche n’est analysable ni sous l’angle d’une parenthèse de décélération généralisée, ni sous l’angle d’un grand enfermement temporel synonyme de répétition et de pur présentisme. Les analyses en termes d’accélération et décélération, prégnantes dans le débat public mais rarement discutées à l’aune d’enquêtes sociologiques empiriques, sont ici confrontées aux faits pour identifier les différentes modalités d’expériences temporelles vécues. Le premier confinement n’est vécu comme une décélération que par une partie de nos enquêtés, et il donne lieu à une variété de perceptions et d’attitudes temporelles. La décélération ne peut donc être considérée comme une stratégie de parenthèse accessible à toutes et tous, à rebours de l’accélération des vies contemporaines. Elle est plus ou moins bien vécue, plus ou moins synonyme de temps libéré, de temps vide ou suspendu, et s’accompagne de formes paradoxales d’accélération vécues simultanément par d’autres personnes enquêtées. Si elles sont présentées séparément, notons que ces modalités de temporalités vécues peuvent évoluer, parfois même se cumuler. La décélération ne peut donc résumer l’expérience du confinement, et encore moins celle de la crise actuelle dans sa globalité. Il faudrait plutôt la voir comme une expérience temporelle s’insérant dans un feuilletage » de temporalités individuelles et collectives et une polyrythmie » Chauvin, 2020 que la brèche tout à la fois bouscule et explicite. L’incertitude radicale de la brèche rend plus manifeste la polyphonie sociale du temps, et plus importantes et significatives les tentatives de narrations articulant passé, présent et futur… en vue des basculements et bifurcations éventuelles que nous nous apprêtons à emprunter et faire émerger.
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